Yves

Après avoir visité la maison nous déjeunons. Le repas est épicé, c’est le moins que l’on puisse dire ! Yves nous explique que ses parents laissent faire beaucoup de choses à sa sÅ“ur Jina parce qu’elle est encore petite. Elle n’a que trois ans et ici la mortalité infantile est très importante. Lui-même a déjà perdu trois frères et sÅ“urs.

Vers 15h MC rentre se reposer tandis qu’AL et Gaïdig partent chez le tailleur. Devant la mission elles parlent avec Amidou et un Nigérian. Ils veulent savoir ce que sont à nos yeux les « bons » et les « mauvais » côtés du pays. Cette question nous étonne, nous ne savons pas bien ce que nous pouvons répondre. Nous leur expliquons que nous avons été surprises de voir tant d’hommes assis dans la rue à attendre pendant des heures. Amidou nous explique que c’est généralement après une journée de travail que ces personnes s’assoient sur le bord de la route. Nous leur disons également que l’état des hôpitaux nous semble inquiétant. Il nous font alors part des problèmes de corruption dans la pays. Dès qu’une personne arrive au pourvoir elle prend l’argent, s’en sert pour son propre compte et celui de sa famille. Malheureusement en fonctionnant ainsi la situation du pays ne peut pas s’améliorer. Quand ils nous demande quel conseil donner aux Africains, nous répondons, aller à l’école et être entreprenant. Nous savons bien que dire ça est facile pour nous, mais que le faire est beaucoup plus difficile pour eux. A cause de ce qu’ils voient à la télé, dans les journaux… ils pensent que « l’Afrique c’est l’enfer et l’Europe le paradis ». Aller là-bas est un rêve pour eux. Cela explique pourquoi ici les hommes cherchent tant à séduire les femmes blanches. Ils sont trop lucides sur l’état de leur continent pour espérer la moindre amélioration. Réussir à les convaincre du contraire serait déjà une grande chose ! Pourtant ils veulent s’en sortir. Ils demandent que nous les Européens nous ne les laissions pas tomber. Mais pour réellement les aider il faudrait changer notre manière de faire : être à l’écoute de leur attentes et les impliquer dans nos actions.

Ils nous parlent ensuite de leur vision de l’Europe : selon eux le contrôle des naissances y est trop important, et nous sommes accaparés par notre travail. Chez nous une fois les études terminées, les gens se trouvent un « bon » emploi, s’assoient sur leur chaise et attendent la retraite ! C’est une vision simpliste mais tout de même un peu réaliste des choses. Nous apprenons avec étonnement qu’ici quand une personne est instruite cela attire la jalousie de ses proches. C’est donc très difficile et même parfois très dangereux de rester en Afrique quand on a suivi de longues études. C’est pourquoi beaucoup partent souvent travailler en Europe, d’autant plus que la vie là-bas leur semble plus facile.

Le soir nous goûtons au pois de terre, et allons nous coucher après avoir regardé le cirque. Ca a d’ailleurs été difficile de faire comprendre à Yves que les numéros n’étaient pas de la magie ni des miracles, mais qu’il y avait toujours une explication rationnelle à ce qui se passait sous le chapiteau !