Une matinée au CRENI
Par Gaïdig, mercredi 9 août 2006 à 21:30 :: Carnet de voyage :: rss
Ce matin nous allons au CRENI. Aicha n’est pas là , elle est rentrée chez elle, sa prothèse oculaire lui faisant mal. Nous nous retrouvons donc avec Aicha (madame cette fois-ci). Ce n’est pas une infirmière mais elle aide car il n’y a pas assez de monde pour s’occuper des enfants. Une pédiatre, Ramatou, vient aussi donner un coup de main. Quand on travaille à l’hôpital il faut savoir être polyvalent !
Ce matin il n’y a plus de lait ! Mais encore ne fois personne ne panique, ni les infirmières, ni même les mères. Cela n’est peut être pas si rare… En guise de remplacement on donne des sachets de plumpy nuts. Chaque mère en reçoit trois le matin qu’elle doit ensuite donner à son petit tout au long de la journée. Certes c’est inadapté mais il faut bien trouver quelque chose à donner en attendant.
Une jeune femme se présente avec son bébé. C’est un mal nutri modéré, elle peut donc rentrée chez elle. Cependant le petit devra être pris en charge par une case de santé. Sa mère doit donc s’y rendre pour chercher du lait et vérifier que le bébé prend du poids.
Une autre femme arrive. Son bébé est un mal nutri-sévère, «ça se voit à trois kilomètres!». Mademoiselle Aicha arrive à se moment là . Elle pèse, mesure le bébé et propose à AL de remplir la cahier. Mais la mère refuse l’hospitalisation. Aicha s’énerve, tente de la convaincre de rester, ça ne marche pas. La femme repart, nous ne la reverrons plus. Aicha nous traduit ce qu’elle a dit : « Si son bébé doit mourir il mourra ». Nous nous demandons pourquoi ce genre de femmes se présentent au CRENI. Elle savent que leur enfant est malade, qu’il est nécessaire qu’il soit hospitalisé pour pouvoir guérir, mais elles partent sans avoir reçu le moindre soin, ni même le moindre conseil.
Nous rendons visite aux autres bébés. On se demande si Ibrahim va pouvoir guérir. Cela fait deux semaine qu’elle est au CRENI et son état s’aggrave. Elle a cinq mois et pèse 2,5kg. Malheureusement sa mère ne peut pas lui donner le sein à cause de son bec de lièvre et s’est très difficile de le nourrir. Il est pour l’instant impossible de l’opérer, il est beaucoup trop faible. On se surprend à penser que ce serait peut être mieux s’il mourrait. Pourtant voir sa mère lui sourire , l’embrasser et lui chanter des chansons donne chaud au cœur. Elle est magnifiquement courageuse !
La matinée est éprouvante. Nous quittons le CRENI vers 11h30.
L’après midi nous passons voir JB jouer au foot. Aujourd’hui son équipe joue dans le TGV (Tournois des Grandes Vacances). Puis nous allons chez la mère de Denise qui est la marraine du groupe des jeunes. Ils viennent lui faire le compte rendu du camp. Pour la mère de Denise c’est une grande surprise, elle est ravie.
Nous rentrons pour la messe. Ici l’Evangile peut être pris au sens propre (avec le semeur et les récoltes…). Notre situation de vie est vraiment en décalage totale avec la leur. Et pourtant vivre avec eux semble si simple. Hier il y a eu une grosse pluie. Si l’eau est très attendue ici elle peut aussi faire des ravages : les maisons sont en banco ce qui les rend très fragiles. Les 27mm d’hier on mis par terre beaucoup de maisons dans le village. Un paroissien père de trois enfants a perdu sa maison et une partie de ses biens, et ce qui lui restait à pris l’eau…
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