Matinée au CRENI et soirée chez Ghamar
Par Gaïdig, lundi 7 août 2006 à 21:16 :: Carnet de voyage :: rss
A 9h00 nous partons au CRENI où nous retrouvons Aicha. Avec elle nous parlons de la place du premier enfant au sein de la famille. Nous apprenons que le premier né n’est pas considéré par son entourage. La mère ne doit pas s’en occuper, et si elle le fait, la honte pèse sur elle. Ce concept est poussé à un tel point qu’il est arrivé qu’une mère laisse son enfant aller dans le feu sans rien dire. Aicha est l’aînée, elle a eu des problèmes à l’œil. Désormais elle porte un œil de verre. Elle est persuadée que si elle n’était pas l’aînée, son œil aurait été mieux soigné.
Parfois les femmes viennent avec leur enfant mais refusent leur hospitalisation. Aicha doit se battre contre ce comportement, et ce n’est pas toujours facile. Une jour, alors qu’une mère venait pour la deuxième fois et qu’elle refusait encore de rester soigner son bébé malgré son état de plus en plus alarmant, Aicha a menacé d’appeler les gendarmes si l’enfant n’était pas hospitalisé. La mère a certainement eu peur et a fini par accepter. Aicha sait bien que les policiers n’auraient rien pu faire… mais sa victoire a été de voir l‘enfant quelque semaines plus tard courir dans l’Hospital : elle a réussi à le guérir !
Le sida pose de gros problèmes en Afrique, le Niger n’est pas épargné. Aicha nous raconte qu’une fois elle s’est fait piquer par une aiguille qui avait déjà servie pour un autre patient. Elle craignait d’être contaminée par le VIH. Mais ce qui lui faisait plus peur n’était pas de tomber malade et de souffrir, mais plutôt ce qu’on allait dire sur elle : une femme non mariée malade du sida, forcement elle l’a attrapé au lit ! Ce n’est pas la mort qu’elle craint, mais les « on dit » !!!
Avec Aicha nous parlons également du fatalisme : si quelque chose arrive, c’est que Dieu l’a voulu, inch’ Allah. Cela leur permet de survivre et de garder espoir. Mais en conséquence la population n’est pas assez entreprenante, ne se protège pas contre les maladies, ne cherche pas à se soigner… Je suis malade, Dieu l’a voulu, s’il le veut il me guérira, sinon je mourrai…
A 10h30 un camion qui vient vider les fosses septiques s’enfonce dans un caniveau. Pas de problème, tout le monde reste calme, pourquoi paniquer ! D’ailleurs nous apprenons que s’il y a une coupure de courant (ce qui est assez fréquent) aucun groupe électrogène n’est prévu, excepté pour la chirurgie, et encore cela ne fonctionne pas toujours… Aicha nous raconte qu’un jour où elle était à l’Hospital de Niamey, il y a eu une coupure de courant. Une personne devait se faire opérer et avait déjà reçu une piqûre de morphine. Comme elle dit, heureusement qu’elle n’était pas déjà dans le bloc opératoire !
A la demande d’AL nous traversons la cour pour visiter la maternité. Une femme vient d’accoucher. Nous n’avons ni blouse, ni masque, pourtant Aicha nous fait rentrer dans la salle. On est en train de recoudre l’épisiotomie de celle qui vient d’enfanter. Un groupe de stagiaires assiste également à la scène. Quand nous sortons Aicha est en colère : Celle qui était en train de faire les points n’est ni infirmière, ni sage femme et n’a reçu aucune formation !
A 11h30 il y a une nouvelle entrée au CRENI. Une fille de trente mois, Sarah, pèse 6 kg pour 77,5 cm. Son P/T est inférieur à 70%. C’est donc une mal-nutrie sévère, elle reste pour être hospitalisée.
L’après midi nous allons au village artisanal accompagné par Yves et Epiphane. C’est dur de garder son calme quand autour de vous un tas de bijoutiers vous présente sa marchandise. Nous achetons quelques souvenirs. Nous nous rendons compte que pour Yves qui nous accompagne souvent, voir tout cet argent que nous dépensons et certainement choquant. Il faut faire attention. Nous sommes heureuses de rentrer à la mission et de retrouver le calme. La France est loin, ce n’est pas toujours facile.
Le soir nous sommes invitées à manger chez Ghamar. Les femmes nous ont préparé de la pâte thô que nous mangeons accompagné d’une sauce verte. Tandis que nous étions en train de regarder les bijoux que fabrique Ghamar, Babelet arrive et nous demande de rentrer vite, le père Mathias est inquiet. Il est 22h30 et nous sommes parties de la mission à 20h15. Mathias a eu très peur. Il ne connaît pas Ghamar et nous explique que pour des blanches traîner le soir est très dangereux. Nous n’avions pas fait attention. A ce moment là nous nous sommes rendues compte que Mathias nous protége beaucoup. Effectivement il ne nous laisse jamais sortir seules, quel que soit l’endroit où nous allons.
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