Première journée au centre pour malnutris
Par Gaïdig, vendredi 4 août 2006 à 22:24 :: Carnet de voyage :: rss
Aujourd’hui nous allons au centre pour la première fois. Une infirmière, Aïcha, nous y accueille et nous présente le service. Quand une mère vient avec son enfant, ils pèsent le bébé, le mesurent, puis le classent dans la catégorie soit des malnutris sévères, auquel cas ils le gardent, soit des malnutris modérés, auquel cas ils le laissent retourner chez lui mais il doit se faire suivre par la case de santé la plus proche.
Avant ils gardaient tous les bébés, même les malnutris modérés. Désormais ils ne peuvent prendre en charge que les sévères faute de moyens et surtout faute de place. Ceux qui sont hospitalisés restent environs un mois, mais sont suivis après leur sortie pendant encore trois mois. Environ un bébé sur trois ne peut être soigné. Il arrive même que des mères se présentent à l’hôpital et refusent de rester malgré l’état de leur enfant. Elles pensent que si Dieu a voulu qu’il meure il mourra. Encore une fois on retrouve le fatalisme dans les mentalités. Cela les aide à surmonter les difficultés, mais évidemment cela les empêche d’aller au-delà , d’essayer de surmonter ces difficultés.
De plus l’infirmière nous explique qu’il leur faut lutter contre la médecine traditionnelle. Par exemple il lui est déjà arriver de soigner une diarrhée provoquée par des médicaments traditionnels. Pour certains la diarrhée est signe de guérison : Elle élimine les impuretés. Difficile quand on est médecin d’exercer son métier dans ces conditions. Surtout que venir à l’Hospital coûte cher : 1 000FCFA rien que pour rentrer et encore 1 000FCFA pour se faire ausculter. Il faut ensuite trouver l’argent pour payer les médicaments…
Les enfants sont très maigres, c’est même difficile d’arriver à regarder certains. Ibrahim par exemple, une petite au bec de lièvre semble très malade. AL et MC décident avec le médecin que nous viendrons le matin quand nous pourrons. L’après midi après avoir fait un petit tour sur le marché nous rendons visite à Ghamar et sa famille. Le discours que tient le directeur de l’école sur l’hôpital et les médicaments nous choque beaucoup. Le manque de connaissances, même chez cet homme instruit, est évident. Pour lui la médecine scientifique coûte beaucoup trop chère, mieux vaut utiliser la médecine traditionnelle ou aller voir les pharmaciens ambulants (ce sont des hommes qui se promènent dans la rue avec tout un tas de médicaments exposés au soleil depuis plus ou moins longtemps).
Après la messe nous retrouvons Babalet, Hamidou et Salé qui nous ont invitées à manger au restaurant. Babalet a 35 ans, il est marié et a trois enfants. Il est tailleur et travaille en face de la mission avec Hamidou. Ce dernier a 33ans et n’est pas marié ce qui est assez rare pour un homme de son âge en Afrique. Mathias nous a dit qu’il était très intelligent, et qu’il n’est pas le genre de personne à se marier « parce qu’il faut le faire ». Hamidou nous a dit qu’il s’engagerait quand il aurait trouvé la bonne personne. Salé a 27ans il est pharmacien. Nous mangeons du foie de mouton et un jus de banane en dessert. Sur le chemin du retour nous parlons beaucoup avec Salé et Hamidou. Et quand MC demande à Babalet pourquoi il ne parle pas il répond « Parce que je suis marié ».
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