Retour difficile d'Arlit et rencontre de la famille Subi
Par Gaïdig, lundi 31 juillet 2006 à 21:00 :: Carnet de voyage :: rss
Après s’être levé à 6h30 nous rangeons le camp, faisons quelques photos, et déjà c’est le départ. Nous sommes tristes, nous savons que nous ne reverrons pas les jeunes d’Arlit et de Tchiro.
Sur la route nous croisons un korri. C’est une sorte de rivière formée à cause de la pluie. Parfois le courant est très fort c’est donc dangereux de les traverser. A notre grand étonnement les jeunes se mettent à prier. On se surprend nous-même à réciter le Je vous salue Marie suivi du Notre Père… Nous en sortons vivants. Cependant nos prières n’auront pas empêché la voiture d’avoir une panne. Il est midi, nous sommes bloqués avec plus beaucoup d’eau. Mais nous sommes en Afrique, tout peut arriver, personne ne panique. On se dit que ce doit être courant. Mais non, Ambroisine nous affirme que cela ne lui est encore jamais arrivé. Bon d’accord. On attend de toute manière il n’y a pas grand chose à faire d’autre. Mais le Père Emile et le Père Philippe nous apportent à manger et à boire. Nous sommes sauvés !!! En plus la voiture redémarre, nous repartons donc (à pas de tortue parce que ce camion n’est tout de même pas une Porsche). C’est finalement à 14h30 que nous atteignons Agadez. Il était temps la voiture ne démarre plus.
De cette semaine nous retiendrons que nous n’avons pas senti un grand décalage entre nous et les autres jeunes. Les filles sont très coquettes, les garçons pagailleurs, matchos, et un peu fainéants. Par contre nous sentons que leur façon de vivre est différente. Ils se lèvent tôt et se couchent tard, vivent avec le strict minimum, donnent une grande importance à la religion. Leur niveau d’étude est assez faible, il semble qu’ils connaissent mal le système scolaire. Par exemple Ambroisine voudrait devenir médecin mais elle va passer l’an prochain un bac littéraire.
La messe est dite en petit comité, la pluie a probablement empêché certains de se déplacer.
La discussion pendant le repas est instructive. Les Subi nous parlent de l’éducation. C’est un couple français, des amis de Mathias, qui ont géré pendant cinq ans le collège-lycée Mariama à Niamey. Cette école assez réputée et de haut niveau est constituée de 85% de filles. Encore une fois on cherche à mettre en place une élite féminine. Cependant ils nous parlent des gros problèmes de corruption aux examens. Par exemple Annie affirme que si les résultats au brevet (environ 11% de réussite) et au bac (également environ 11% de réussite) ont été si médiocres cette année c’est probablement qu’ils ont cherché à limiter la corruption. Peut être que pour une fois le chéquier n’a pas suffi pour obtenir le diplôme. Au Niger le « passage automatique » est largement pratiqué. Par exemple, une année les professeurs n’avaient pas été payés, ils avaient donc fait grève, et ce pendant 15 mois ! Et pourtant cette année-là tout le monde est passé alors même que les cours n’avaient pas été suivis. Les Subi pensent que si la corruption est si présente dans ce pays c’est certainement dû à l’importance de la famille : si quelqu’un devient fonctionnaire toute sa famille (prise au sens le plus large du terme) cherchera à profiter de sa situation pour avoir des avantages. On peut par exemple lui envoyer ses enfants, le fonctionnaire de la famille devra ensuite assurer leur scolarisation et tout le quotidien de ces derniers ! Si la personne refuse de le faire il sera mis de coté sur le plan social, montré du doigt autour de lui, et ne pourra plus rentrer au village.
Nous nous rendons compte que pour certains la famille est réellement un poids. Si un de vos frère, de vos sœurs, de vos cousins, de vos oncles… arrive, ou plutôt débarque chez vous, vous DEVEZ le prendre en charge tout le temps où il sera chez vous (et vous ne savez jamais combien de temps il restera). De plus lorsqu’il partira ce sera à vous de lui payer le prix du voyage. Mathias nous explique : cela correspond à la dette que l’on doit puisque la famille nous a élevés. Maintenant que nous sommes grands nous devons à notre tour rendre service à nos aînés.
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